Emancipation féminine ou nouvelle soumission ? Peut-on éviter les pièges et les drames ?

« Ne’les laissons pas tomber, elles sont si fragiles, être des femmes libérées, tu sais c’est pas si facile… »

On a promis aux femmes la libération : du mariage indissoluble, de la maternité vécue comme destin, de la dépendance financière, des normes sexuelles, de l’autorité masculine et de la famille traditionnelle. Mais derrière le récit triomphal de l’émancipation, une question demeure : qu’a-t-on réellement construit à la place ?

Une société plus libre, peut-être. Mais aussi plus instable, plus solitaire et plus exigeante. Le couple y est fragile, le divorce banal, les familles éclatées ou recomposées, la monoparentalité fréquente, les enfants déplacés entre plusieurs domiciles et plusieurs autorités parentales. L’individu est présenté comme souverain, mais il doit de plus en plus réparer les conséquences matérielles, affectives et psychologiques de cette souveraineté.

La promesse était l’autonomie. Le résultat ressemble souvent à une nouvelle forme de dépendance : dépendance au marché du travail, aux réseaux sociaux, à l’apparence, à la consommation, au désir immédiat et à l’injonction permanente de prouver que l’on est libre.

La famille stable traitée comme une anomalie

La famille traditionnelle n’était pas un paradis. Elle a longtemps enfermé certaines femmes dans la dépendance économique, juridique ou sociale. Elle pouvait légitimer des injustices et rendre des séparations nécessaires impossibles ou honteuses.

Mais elle organisait aussi ce que la société contemporaine peine à reconstruire : la durée.

Un homme, une femme, des enfants, un engagement durable, une division des responsabilités et une continuité entre les générations : ce cadre n’était pas seulement une norme morale. Il était une structure de stabilité. Il donnait aux enfants un foyer identifiable, aux adultes une responsabilité mutuelle et aux générations un espace de transmission.

Aujourd’hui, ce modèle est volontiers présenté comme une survivance oppressive. La mère au foyer est suspecte. Le père qui assume une autorité familiale est assimilé à un dominateur. Le mariage durable devient une forme de conformisme. La dépendance affective est traitée comme une faiblesse.

Cette vision est aussi simpliste que l’ancienne idéalisation de la famille. Une femme qui élève ses enfants n’est pas nécessairement soumise. Un homme protecteur n’est pas nécessairement violent. Un mariage de quarante ans n’est pas nécessairement une capitulation devant l’ordre social. Une famille stable n’est pas une prison : elle peut être un refuge, un cadre et une communauté de destin.

Le problème n’est pas que des couples divorcent lorsqu’ils vivent dans la violence, le mépris ou l’échec irréversible. Le problème est que la fragilité du couple soit désormais considérée comme une donnée normale, presque inévitable, plutôt que comme un échec collectif auquel il faudrait tenter de répondre.

Le divorce : liberté pour certains adultes, désordre pour d’autres et les enfants

Le divorce peut être une délivrance. Il peut sauver des personnes prises dans des relations destructrices. Mais il ne concerne jamais seulement deux adultes qui récupèrent leur liberté.

Une séparation produit deux logements, deux organisations quotidiennes, deux budgets, deux calendriers, des déplacements, des désaccords éducatifs et, souvent, de nouveaux couples. L’enfant doit s’adapter à une architecture familiale mouvante : le domicile de la mère, celui du père, le nouveau compagnon, la nouvelle compagne, les demi-frères et demi-sœurs, les gardes alternées, les changements d’école ou de quartier.

On appelle cela la diversité familiale. Mais il faut aussi avoir l’honnêteté de voir ce qu’elle est souvent : le prix de l’instabilité adulte payé par les enfants.

Une civilisation qui valorise la liberté individuelle mais ne sait plus encourager la fidélité, l’effort conjugal, la patience et la réparation des liens produit des individus juridiquement libres mais affectivement précaires. Elle transforme la famille en arrangement révisable entre personnes qui doivent, à tout moment, pouvoir repartir.

Or une société ne tient pas uniquement par le droit de partir. Elle tient aussi par la capacité de rester.

L’indépendance érigée en obligation

La femme moderne est sommée d’être indépendante. Elle doit travailler, gagner son argent, payer son logement, assumer sa carrière, élever ses enfants sans ralentir, ne rien devoir à personne et pouvoir quitter son conjoint à tout moment.

Sur le papier, le programme est admirable. Dans la réalité, il peut devenir écrasant.

Élever seule des enfants est difficile. Travailler à plein temps en assumant une grande part de la charge domestique est difficile. Payer seule un logement est difficile. Vieillir seule est difficile. Tout faire seule est difficile.

La modernité a transformé la possibilité de se débrouiller seule en idéal obligatoire. Elle a fait de l’autonomie absolue une preuve de valeur morale. Demander de l’aide, dépendre partiellement d’un conjoint, choisir une répartition des rôles ou reconnaître qu’on a besoin de quelqu’un devient presque honteux.

Pourtant, la dépendance réciproque n’est pas nécessairement une aliénation. Elle peut être le fondement d’une relation solide. Dire « j’ai besoin de toi » n’est pas toujours une faiblesse ; cela peut être la reconnaissance lucide que l’être humain n’est pas fait pour porter seul toutes les charges de l’existence.

Un couple dans lequel chacun contribue différemment, où l’un gagne davantage tandis que l’autre assure une part plus importante du foyer ou de l’éducation des enfants, n’est pas automatiquement injuste. Il peut être le résultat d’un choix rationnel, affectif et volontaire.

De nouvelles injonctions sous le masque de la liberté

Le progressisme affirme avoir libéré les femmes des injonctions traditionnelles. Il en a surtout fabriqué de nouvelles, plus nombreuses et plus contradictoires.

La femme contemporaine doit être indépendante, ambitieuse, performante, séduisante, mince, sportive, cultivée, sexuellement épanouie, disponible, connectée, engagée, socialement ouverte et professionnellement irréprochable. Elle doit réussir sa carrière, avoir des enfants sans laisser la maternité ralentir sa trajectoire, paraître naturelle tout en restant parfaitement présentable, vivre librement tout en donnant l’impression de maîtriser chaque aspect de son existence.

Elle doit être libérée, mais surtout elle doit en fournir les preuves visibles.

Hier, la femme devait être respectable. Aujourd’hui, elle doit être émancipée. Dans les deux cas, une norme sociale existe. La différence est que la norme actuelle se présente comme l’absence de norme.

Cette contradiction atteint son sommet dans la sexualité. La multiplication des expériences est parfois présentée comme un signe de maturité, d’ouverture ou de libération. Avoir peu de partenaires, préférer la fidélité, conserver une intimité discrète ou refuser certaines pratiques expose au soupçon d’être coincée, archaïque ou moraliste.

Pourquoi ? Pourquoi la fidélité serait-elle une contrainte, tandis que l’accumulation serait spontanément définie comme une liberté ? Pourquoi une femme qui choisit un seul partenaire serait-elle moins émancipée qu’une femme qui en choisit beaucoup ?

La sexualité libérée peut devenir une sexualité performative : il faut expérimenter, raconter, montrer que l’on n’a pas peur, prouver que l’on est ouverte. L’intimité se transforme alors en capital social, et le corps en territoire de validation collective.

Le corps féminin : propriété proclamée, marchandise exposée

Le discours dominant affirme que le corps appartient à la femme. C’est juste. Mais la société de consommation a trouvé le moyen de transformer cette affirmation en marché colossal.

Tatouages, chirurgie esthétique, régimes, fitness, maquillage, vêtements, filtres, photos, vidéos, exposition sur les réseaux sociaux : le corps ne doit plus seulement être habité. Il doit être travaillé, optimisé, rendu visible, photographié, commenté et monétisable.

La femme n’est plus seulement invitée à être belle. Elle doit construire une image de soi permanente. Elle doit s’exposer tout en prétendant que cette exposition est une pure expression de liberté. Elle doit correspondre à des standards toujours plus sévères tout en affirmant qu’elle échappe aux standards.

La contradiction est flagrante : la société proclame que le corps féminin n’appartient qu’à la femme, puis organise industriellement sa mise en vitrine.

Ce n’est pas une libération lorsqu’une femme se croit libre parce qu’elle choisit elle-même la forme de sa mise en marché. C’est souvent une adaptation aux mécanismes d’une économie qui transforme le désir, l’image et l’insécurité en profits.

Quand le refus des limites devient perte de contrôle

La question ne concerne pas seulement les femmes, mais elle les touche avec une force particulière : que devient la liberté lorsqu’elle n’est plus accompagnée d’une culture de la maîtrise de soi ?

Une société peut abolir les interdits sans transmettre de repères. Elle peut dénoncer les contraintes sans apprendre aux individus à se gouverner eux-mêmes. Elle peut multiplier les possibilités sans enseigner la capacité à dire non.

Alors la liberté se dégrade. Elle cesse d’être une souveraineté et devient une disponibilité permanente aux impulsions, à la consommation, à l’opinion des autres et aux mécanismes du marché.

Le désordre quotidien est rarement spectaculaire. Il commence par de petites renonciations : laisser son logement se dégrader, reporter sans cesse les tâches pénibles, abandonner une hygiène de vie régulière, négliger son sommeil, dépenser sans compter, boire trop souvent, vivre absorbé par son téléphone, fuir toute frustration, refuser tout effort au nom de la santé mentale ou de l’authenticité.

Chaque geste paraît mineur. Mais les habitudes finissent par former une existence.

Ne plus ranger devient une identité : « Je suis désordonnée. » Ne plus prendre soin de soi devient une posture : « Je m’accepte telle que je suis. » Ne plus faire d’effort devient une revendication : « Je refuse les injonctions. » Ne plus supporter la frustration devient un principe : « Je me protège. »

Le langage de la libération peut ainsi servir à habiller l’abandon de soi.

La discipline est une forme de liberté

Toutes les contraintes ne sont pas oppressives. Se lever à l’heure, entretenir son logement, faire du sport, respecter ses engagements, épargner, limiter l’alcool, préserver son sommeil, élever ses enfants ou différer une gratification sont des contraintes. Mais elles donnent à l’individu ce que la permissivité ne donne jamais : la maîtrise de soi.

Une personne libre n’est pas celle qui fait tout ce qu’elle désire à l’instant où elle le désire. C’est celle qui peut faire quelque chose, mais qui est aussi capable de choisir de ne pas le faire.

« Je fais ce que je veux » peut exprimer une liberté légitime. Mais lorsque cette phrase signifie : « Je cède systématiquement à ce qui me procure une satisfaction immédiate », elle ne désigne plus la souveraineté. Elle désigne l’asservissement au désir.

La vraie autonomie suppose de pouvoir dire non : non à une dépense, non à une relation destructrice, non à une consommation excessive, non à une image que l’on s’apprête à publier, non à une soirée lorsque l’on doit assumer un engagement le lendemain.

La discipline n’est pas le contraire de l’émancipation. Elle en est la condition. L’individu discipliné n’est pas celui qui obéit à un pouvoir extérieur : c’est celui qui est capable de se donner une règle et de s’y tenir sans surveillance.

Réhabiliter les garde-fous

La réponse n’est pas le retour à une police morale, à l’interdiction ou à l’enfermement des femmes dans des rôles imposés. Il ne s’agit pas de nier les conquêtes juridiques, économiques et sociales obtenues contre de véritables dominations.

Mais il faut cesser de prétendre que toutes les trajectoires se valent dans leurs conséquences, et que toute limite est une oppression.

Une société adulte devrait défendre des garde-fous plutôt que des interdits. Elle devrait apprendre à repérer les voyants rouges : un logement durablement abandonné, des dettes qui augmentent, un sommeil détruit, une consommation régulière d’alcool ou de substances, l’isolement, l’incapacité à tenir ses engagements, des relations constamment conflictuelles, une dépendance au téléphone, une fatigue permanente, l’impossibilité de supporter l’ennui ou la frustration.

Ces signes ne devraient pas conduire à la sanction, mais à une alarme. Non pas : « Tu n’as pas le droit. » Mais : « Attention, tu es peut-être en train de perdre la capacité de choisir. »

La liberté n’est pas l’absence de toute limite. Elle est la capacité de choisir des limites que l’on juge nécessaires pour protéger sa vie, son corps, son couple, ses enfants, sa santé, son avenir et sa dignité.

Le choix réel contre l’idéologie

Un conservatisme raisonnable n’exige pas le retour aux années 1950. Il peut défendre le droit des femmes à travailler, à posséder leurs biens, à divorcer, à vivre seules, à choisir leur sexualité, à faire carrière et à décider de leur existence.

Mais il doit aussi avoir le courage de dire ce que le conformisme progressiste refuse souvent d’admettre : la stabilité a une valeur. La fidélité a une valeur. La maternité a une valeur. La paternité a une valeur. La pudeur a une valeur. La complémentarité entre les sexes a une valeur. La transmission a une valeur. Le renoncement à certaines possibilités immédiates pour construire quelque chose de durable a une valeur.

L’égalité entre hommes et femmes ne suppose pas leur identité absolue. Les deux sexes peuvent disposer des mêmes droits sans avoir toujours les mêmes aspirations, les mêmes tempéraments ou les mêmes façons d’envisager leur place dans une famille. Condamner la violence, la domination et l’injustice ne nécessite pas de traiter toute masculinité comme toxique ni toute féminité traditionnelle comme suspecte.

Le véritable enjeu n’est donc pas de libérer les femmes d’un modèle ancien pour les enfermer dans un modèle nouveau. Il est de restaurer une liberté réelle : celle de choisir une carrière ou la maternité, une vie seule ou un couple durable, une sexualité très libre ou une fidélité exigeante, l’indépendance totale ou la dépendance réciproque.

Une femme n’est pas émancipée parce qu’elle vit selon les codes du progressisme. Elle l’est lorsqu’elle peut choisir sa vie sans être sommée de justifier la famille, la maternité, la fidélité, la pudeur, la stabilité ou le besoin d’aimer et d’être aimée.

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La Bible ne devrait pas servir de permis de tromper, de voler et de tuer : Critique d’une immunité sacrée problématique.

Quand un texte prétend décrire le monde physique, on est en droit et on a le devoir de le confronter aux savoirs établis. Quand il présente des miracles comme des faits, on peut, on doit exiger des preuves. Quand il ordonne de tuer, de lapider ou d’exterminer, on doit le dénoncer sans euphémisme : Ce sont des prescriptions de violence, pas des métaphores inoffensives. Le respect des croyants n’oblige pas à respecter toutes leurs croyances, surtout quand celles-ci entrent en collision frontale avec la science et la morale moderne.

Une cosmologie antique, pas une science
La Genèse décrit un univers archaïque : firmament séparant les « eaux d’en haut » et les « eaux d’en bas », création de la lumière avant le Soleil, apparition de l’homme dans un récit qui n’a rien à voir avec l’évolution. Pris au pied de la lettre, ce n’est pas de la science, c’est une cosmologie du Ier millénaire avant notre ère. Les auteurs de la Torah ignoraient la génétique, la tectonique des plaques, l’âge de la Terre et l’histoire naturelle de l’humanité. Le problème n’est pas qu’ils aient partagé les représentations de leur temps ; le scandale intellectuel, c’est de transformer aujourd’hui ces représentations en vérités scientifiques éternelles simplement parce qu’elles sont imprimées sur du papier religieux.

Le monothéisme a une histoire — y compris dans la Bible
L’idée d’un Dieu unique n’est pas apparue d’un coup avec Abraham. L’Égypte d’Akhenaton avait déjà expérimenté un culte quasi exclusif autour d’Aton. Dans le monde cananéen et israélite ancien, Yahvé émerge dans un environnement polythéiste. Le monothéisme biblique s’est construit progressivement : « Yahvé est notre dieu » → « Yahvé doit être adoré seul » → « Il n’existe aucun autre dieu ». Ironie historique considérable pour une religion qui présente son Dieu comme éternel et immuable : même Dieu a une histoire dans la Bible.

Adam, Ève, Babel : mythes puissants, explications scientifiques nulles
Adam façonné dans la poussière, Ève tirée de son corps, serpent parlant, jardin idéal, chute originelle, puis humanité parlant une seule langue avant la « confusion » de Babel : en tant que mythes, ces récits sont puissants. En tant qu’explications scientifiques de l’origine de l’espèce humaine ou de la diversité linguistique, ils sont simplement faux. L’évolution humaine ne commence pas par un couple isolé, les langues ne naissent pas d’une confusion ponctuelle imposée par Dieu, et aucune zoologie ne permet à un serpent de tenir une conversation dans un jardin. Le vrai problème commence quand on demande à ces histoires de concurrencer les savoirs accumulés depuis.

Le Déluge et la création : héritages mésopotamiens réécrits
Le Déluge n’est pas une invention biblique : il existe dans des récits mésopotamiens bien antérieurs (Atrahasis, Gilgamesh), avec bateau, famille survivante, animaux et oiseaux envoyés repérer la terre. La Bible n’a pas inventé le Déluge, elle l’a réécrit : les dieux multiples deviennent un Dieu unique, le mythe cosmique devient jugement moral, la catastrophe devient punition de la corruption humaine. Même schéma pour la création : Enuma Elish offre déjà eaux primordiales, organisation du cosmos et création de l’humanité. La Genèse y apporte une innovation théologique majeure (un Dieu unique créant par la parole), mais elle n’est pas tombée du ciel sous forme de PDF divinement certifié : elle est née dans l’histoire, avec les traces des civilisations qui l’ont précédée.

Géologie, plaies d’Égypte : la science dit non, la théologie raconte
Un déluge mondial recouvrant toute la Terre, engloutissant les montagnes et éliminant toute l’humanité sauf Noé et sa famille, est incompatible avec les données géologiques, paléoclimatiques et archéologiques. La Terre porte les traces d’innombrables inondations gigantesques, mais pas d’un Déluge mondial récent correspondant à la Genèse. De même, on peut imaginer des causes naturelles aux dix plaies d’Égypte (algues, éruptions, cascades écologiques), mais transformer ces hypothèses en preuves que Dieu a réellement envoyé dix fléaux successifs, c’est faire exactement ce que l’on reproche aux apologistes : combler une absence de preuve par une histoire séduisante.

Le cœur du problème : la violence prescrite
C’est ici que l’indulgence intellectuelle doit cesser. La Torah ne contient pas seulement des récits merveilleux et des cosmologies dépassées : elle contient des prescriptions de mise à mort. Peine capitale pour comportements religieux, sexuels ou sociaux ; sorcière, idolâtre, blasphémateur, violateur du sabbat : tous passibles de mort. Ce ne sont pas des métaphores, ce sont des prescriptions formulées dans un langage juridique.

Le cas d’Amalek est particulièrement brutal : il ne s’agit pas seulement de vaincre, mais d’« effacer son souvenir » (Deutéronome 25:17–19). Dans 1 Samuel 15, Saül reçoit l’ordre de détruire Amalek, hommes, femmes, enfants et animaux. Un texte qui ordonne l’élimination d’une population entière au motif de son appartenance collective décrit une logique exterminatrice. Tuer des enfants parce qu’ils appartiennent au « mauvais groupe » n’est pas une subtilité théologique : c’est une atrocité.

Le « ḥerem » dans Deutéronome 7 et 20 place certains peuples de Canaan sous obligation d’être voués à la destruction, sans rien laisser de vivant dans certaines villes. Un Dieu supposé infiniment bon donne-t-il réellement l’ordre de massacrer des populations entières ? Si oui, il faut assumer la monstruosité morale de cette réponse. Si non, il faut expliquer pourquoi ces paroles ne viennent pas de Dieu. Prétendre que ces textes n’existent pratiquement pas n’est pas honnête intellectuellement.

« C’était l’époque » : Vrai, mais insuffisant
Oui, ces textes sont anciens. Oui, des sociétés du Ier millénaire avant notre ère pouvaient produire des récits où les dieux provoquaient des déluges, parlaient aux hommes, contrôlaient les épidémies et ordonnaient des massacres. C’est historiquement explicable. Mais explicable ne signifie pas acceptable. Un texte ancien peut être admirable comme document historique et faux comme description du monde. Il peut être fondateur pour une tradition et moralement répugnant sur certains sujets. Il peut être vénérable sans bénéficier d’aucune immunité contre la critique.

Le danger contemporain : transformer l’ancien en éternel
Le vrai problème, aujourd’hui, c’est de transformer l’ancien en éternel. Qu’un humain du premier millénaire avant notre ère ait cru que Dieu pouvait ordonner la destruction d’une ville est historiquement compréhensible. Qu’un humain du XXIe siècle, disposant de la géologie, de la biologie, de l’archéologie, de la génétique, de la cosmologie et de deux millénaires d’histoire religieuse, considère encore littéralement ces récits comme des instructions divines applicables au monde actuel est une tout autre affaire. Une civilisation moderne ne devrait pas avoir besoin de suspendre son esprit critique dès qu’un texte est précédé du mot « sacré ». Aucun texte ne devrait pouvoir servir de permis de tuer.

Le problème n’est pas que ces récits soient anciens. Le problème est leur immunisation contre la critique. On pardonne à la Genèse sa cosmologie parce qu’elle est sacrée, au Déluge son impossibilité géologique parce qu’il est sacré, aux récits d’extermination leur caractère « contextuel ». On transforme les contradictions en mystères, les erreurs en symboles, les violences en métaphores, les emprunts culturels en révélations miraculeuses. Et quand cela ne suffit plus, on invente des explications scientifiques ad hoc pour sauver le texte. C’est exactement l’inverse de la démarche rationnelle : la science modifie ses modèles quand les faits les contredisent ; le fondamentalisme modifie les faits pour sauver le modèle.


La Torah témoigne d’une civilisation ancienne, de ses peurs, de ses espoirs, de ses conceptions de la justice, de la guerre, du sacré et de l’univers. Son influence culturelle est importante. Mais cette influence ne constitue pas une preuve de vérité. Le fait qu’une idée ait survécu trois mille ans ne la rend pas plus vraie. Le fait que des millions de personnes y croient ne transforme pas une cosmologie antique en astrophysique. Le fait qu’un récit soit sacré pour certains ne transforme pas un massacre prescrit en acte moral. Le fait qu’un texte ait contribué à construire une civilisation ne lui donne pas le droit de gouverner éternellement les consciences.

Nous avons le droit de conserver de ces textes ce qu’ils ont de littéraire, historique, philosophique ou culturel, sans leur attribuer une autorité surnaturelle. Adam comme mythe, le Déluge comme mémoire mythifiée de catastrophes, Babel comme récit étiologique, les patriarches comme personnages de traditions anciennes, les dix plaies comme construction théologique, le monothéisme biblique comme résultat historique d’une longue évolution religieuse. Et les appels à l’extermination comme ce qu’ils sont : des textes anciens de violence religieuse qu’une conscience moderne n’a aucune raison de prendre pour des ordres divins.

La vraie hérésie, aujourd’hui, n’est peut-être pas de critiquer un livre ancien. C’est de croire que la connaissance humaine devrait s’arrêter devant lui. Nous ne sommes plus obligés de vivre dans la cosmologie de l’Antiquité. Nous savons que la Terre n’est pas posée sous un firmament, que l’homme appartient à l’histoire de l’évolution, que les langues et les espèces évoluent, que les continents bougent, que les étoiles sont des soleils lointains. Et surtout, nous savons que l’autorité d’un récit ne dépend pas de son ancienneté. Un livre peut avoir trois mille ans et avoir profondément façonné notre civilisation. Il peut aussi avoir trois mille ans et se tromper sur le monde. Et lorsqu’il prétend que Dieu lui-même ordonne l’extermination d’un peuple, notre devoir moral n’est pas de nous incliner : c’est de refuser et dénoncer !

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Quand les dictons météo passent à l’épreuve des données

« En avril, ne te découvre pas d’un fil. » « Noël au balcon, Pâques au tison. » « S’il pleut à la Saint Médard, il pleut quarante jours plus tard. » Voilà des siècles que nous faisons parler le ciel avec quelques rimes, beaucoup de saints et une bonne dose d’expérience paysanne.

Avant les satellites, les radars météorologiques, les modèles numériques et les applications qui nous annoncent une averse à 14 h 37 avec une précision parfois toute relative, nos ancêtres disposaient d’un instrument autrement plus simple : ils regardaient par la fenêtre. Ils observaient le vent, les nuages, la rosée, le gel, les oiseaux, les récoltes et, surtout, ils se souvenaient de ce qui s’était passé les années précédentes.

De ces observations sont nés des centaines de dictons météorologiques. Certains sont devenus de véritables proverbes populaires, transmis de génération en génération. D’autres ont disparu dans les brumes du calendrier des saints. Tous ont en commun une idée assez séduisante : puisque le temps semble revenir selon certaines habitudes, peut être suffit il de connaître les bonnes dates pour savoir ce que le ciel nous réserve.

Mais que reste-t-il de cette météorologie populaire lorsque l’on sort le dicton du vieux calendrier et qu’on le confronte aux données météo accumulées depuis plusieurs décennies ? La réponse est beaucoup plus intéressante qu’un simple « vrai » ou « faux ».

Commençons par l’un des plus célèbres : « En avril, ne te découvre pas d’un fil ; en mai, fais ce qu’il te plaît. »

Celui là a plutôt bonne réputation. Non pas parce qu’il permettrait de prévoir le temps du 17 avril, mais parce qu’il décrit assez justement la personnalité du mois. Avril est un mois de transition. Le soleil monte, les températures peuvent devenir agréablement printanières, les terrasses se remplissent et les pulls commencent à prendre des airs de vêtements démodés. Puis, parfois, le froid revient rappeler à tout le monde qu’il n’a pas encore rendu les clés.

Les données climatologiques confirment cette grande variabilité. Avril s’est réchauffé au cours des dernières décennies, mais cela n’a pas supprimé les épisodes froids tardifs. Le mois peut donc offrir quelques journées presque estivales avant de connaître une brutale baisse des températures. Le dicton ne prédit donc pas le temps : il donne plutôt un bon conseil vestimentaire. Ce qui est déjà pas mal pour une phrase vieille de plusieurs siècles.

Le cas des fameux Saints de glace est encore plus instructif. Les 11, 12 et 13 mai, traditionnellement associés à saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais, sont censés annoncer la fin des gelées. La sagesse populaire affirme en substance qu’après eux, le jardinier peut enfin dormir tranquille.

Les statistiques racontent une histoire un peu différente.

Une étude de Météo France portant sur 73 années, de 1951 à 2023, et 130 stations situées en plaine a montré que 49 années avaient connu au moins une gelée entre le 14 mai et le 30 juin. Cela représente environ 67 % des années étudiées.

Attention cependant à ne pas faire dire à ce chiffre ce qu’il ne dit pas. Il ne signifie évidemment pas qu’un Français sur trois ou deux Français sur trois vont gratter leur pare brise le 18 mai. Il signifie qu’au moins une station parmi les 130 étudiées a enregistré une gelée après les Saints de glace au cours de ces années.

Le vieux dicton avait donc mis le doigt sur quelque chose de réel : en mai, le risque de gel n’est pas encore complètement éliminé. En revanche, il s’est montré beaucoup trop précis en transformant une période de risque en trois dates presque sacrées. Les Saints de glace sont donc plutôt un bon rappel de prudence qu’une véritable prévision météorologique.

Et puis arrive Saint Médard, le 8 juin, qui bénéficie probablement de la plus grande réputation météorologique de tout le calendrier.

« S’il pleut à la Saint Médard, il pleut quarante jours plus tard. »

Voilà une affirmation qui ne manque pas d’assurance. Quarante jours ! Ni trente huit, ni quarante deux. Quarante. On sent que le calendrier n’avait pas été conçu pour les demi mesures. Le problème est que la météo, elle, n’a jamais vraiment signé le contrat.

Pour tester correctement ce dicton, il faudrait définir précisément ce que signifie « il pleut ». Une averse de cinq minutes compte t elle ? Une journée avec deux millimètres de pluie ? Une période globalement plus humide que la normale ? Le dicton parle d’une continuité du mauvais temps, mais la réalité atmosphérique est évidemment beaucoup plus subtile.

Les analyses disponibles ne permettent pas de considérer la Saint Médard comme un oracle fiable capable de prévoir quarante jours de pluie. Le dicton semble surtout traduire une observation populaire de la persistance possible de certains régimes météorologiques au début de l’été. Autrement dit, Saint Médard n’est pas totalement innocent, mais il est probablement coupable d’exagération.

Un autre grand classique se retrouve beaucoup moins bien défendu par les chiffres : « Noël au balcon, Pâques au tison. »

Là encore, l’idée est séduisante. Un Noël exceptionnellement doux annoncerait une Pâques froide. Le calendrier ferait en quelque sorte des économies de chauffage en alternant les saisons.

Météo France a testé cette croyance en définissant précisément ce que l’on pouvait considérer comme un Noël « au balcon » et une Pâques « au tison ». Sur 76 années étudiées depuis 1947, le dicton ne s’est vérifié que 11 fois, soit environ 14,5 % des cas.

Ce n’est pas franchement le genre de résultat qui permet de lancer une entreprise de prévisions météorologiques. Et le plus amusant est que l’inverse n’est pas davantage une règle solide. Noël froid ne garantit pas davantage une Pâques chaude. Nous avons donc ici un excellent exemple de ce que les statistiques peuvent faire à une jolie formule. Elles ne détruisent pas nécessairement le dicton. Elles lui retirent simplement son diplôme de prophète.

Il faut d’ailleurs se méfier d’une confusion très fréquente lorsqu’on juge les dictons météorologiques. Un phénomène peut être fréquent sans que le dicton qui lui est associé ait une quelconque valeur prédictive.

Prenons un exemple simple. S’il pleut en moyenne trois jours sur dix à une certaine période, un dicton annonçant de la pluie aura naturellement une chance non négligeable de tomber juste. Mais cela ne signifie pas qu’il possède une information particulière. Pour savoir si le dicton fonctionne réellement, il faut comparer la fréquence du phénomène lorsque la condition annoncée par le dicton est présente avec sa fréquence habituelle. C’est cette différence qui est intéressante.

Si, après une pluie à la Saint Médard, la probabilité d’avoir un temps humide dans les semaines suivantes est exactement la même que les années où il ne pleut pas à la Saint Médard, le dicton n’apporte rien. Il est simplement tombé juste de temps en temps.

En revanche, si la probabilité augmente nettement, alors le vieux dicton commence à devenir statistiquement intéressant. C’est précisément là que la météorologie moderne rejoint finalement la sagesse populaire. Elle ne demande pas seulement si une phrase s’est réalisée. Elle demande combien de fois, dans quelles conditions, par rapport à quoi et avec quelle régularité. Et lorsque l’on regarde les choses sous cet angle, certains dictons deviennent étonnamment raisonnables.

Les dictons liés aux saisons, par exemple, ont souvent davantage de valeur que ceux qui prétendent relier deux dates éloignées. Il est assez logique qu’un dicton sur les gelées de mai possède un fond de réalité puisque le risque de gel diminue progressivement au printemps sans disparaître brutalement le 13 mai à minuit.

De même, les dictons agricoles qui associent certaines périodes humides à la croissance des végétaux ont un fondement évident. Encore faut il préciser le mois, la quantité d’eau, la région et la culture concernée. Une pluie bienvenue en avril n’a pas nécessairement les mêmes conséquences qu’un épisode pluvieux prolongé en juin. La pluie est donc une excellente chose jusqu’au moment où elle décide de faire des heures supplémentaires.

C’est aussi ce qui explique pourquoi les dictons régionaux sont parfois plus intéressants que les grandes maximes nationales. Une règle empirique observée pendant des générations dans une vallée, une région viticole ou une zone montagneuse peut avoir une certaine pertinence locale sans pouvoir être transposée à toute la France.

Un paysan de Provence, un vigneron alsacien et un éleveur du Massif central n’observent évidemment pas le même ciel. Leur météo n’est pas la même, leur calendrier agricole non plus, et leurs dictons ont donc de bonnes raisons de ne pas toujours raconter la même histoire.

Il reste enfin une donnée qu’il serait difficile d’ignorer aujourd’hui : le climat évolue.

Le climat de la Terre n’a jamais été immobile. Il a connu des périodes beaucoup plus froides, beaucoup plus chaudes, des variations naturelles à différentes échelles de temps et des changements régionaux considérables. Le climat récent présente également une tendance au réchauffement mesurée par les observations instrumentales, et cette évolution modifie progressivement le contexte dans lequel certains dictons avaient été formulés.

Cela a une conséquence assez amusante : un dicton peut avoir été parfaitement logique dans le climat de ses auteurs et devenir progressivement moins pertinent dans celui de leurs descendants.

Les Saints de glace en fournissent un bon exemple. Les gelées tardives existent toujours, mais leur fréquence et leur répartition évoluent. Les données de Météo France montrent notamment une diminution du nombre de stations touchées par ces gelées tardives au fil des périodes récentes. Le vieux calendrier n’a donc pas nécessairement tort. C’est simplement le décor qui change. On pourrait comparer cela à une vieille recette de cuisine : la recette est la même, mais le four n’est plus exactement celui du XVIIIe siècle.

Il faut également rappeler que l’évolution du climat ne signifie pas disparition de la variabilité météorologique. Un climat plus doux en moyenne n’empêche absolument pas un épisode froid exceptionnel. Au contraire, c’est précisément ce qui rend les dictons intéressants : ils parlent souvent davantage de variabilité et de risques que de moyennes.

« En avril, ne te découvre pas d’un fil » conserve ainsi tout son sens, même dans un climat plus chaud. Le fait que la moyenne évolue ne signifie pas que les coups de froid ont reçu l’ordre de ne plus se présenter.

Alors, quels sont finalement les meilleurs dictons ?

Si l’on devait établir un classement provisoire, « En avril, ne te découvre pas d’un fil » mérite probablement une bonne note pour sa pertinence climatique. Il décrit correctement une période de transition où les beaux jours peuvent être trompeurs.

Les Saints de glace arrivent ensuite, avec une note honorable. Ils ont raison sur le principe, mais tort lorsqu’on transforme les 11, 12 et 13 mai en frontière météorologique infranchissable.

Les dictons agricoles associant pluie, température et récoltes méritent eux aussi de l’attention, à condition de les replacer dans leur contexte régional et saisonnier.

Saint Médard reste un candidat intéressant, mais son fameux délai de quarante jours paraît beaucoup trop précis pour être considéré comme une véritable loi météorologique.

Quant à « Noël au balcon, Pâques au tison », les chiffres sont nettement moins indulgents. Avec seulement 11 réalisations sur 76 années selon le test réalisé par Météo France, la formule possède surtout une grande qualité littéraire. Elle est jolie, mémorable, parfaitement rythmée et probablement meilleure devant une cheminée qu’au centre de calcul d’un service météorologique.

Ce qui ressort surtout de cette confrontation entre tradition et statistiques, c’est que les anciens n’étaient ni des météorologues infaillibles ni de simples raconteurs de légendes : Ils avaient observé, ils avaient comparé, ils avaient mémorisé… Et ils avaient transmis ce qui leur semblait revenir assez souvent pour mériter une phrase.

La grande différence avec nous est qu’ils ne disposaient pas de plusieurs décennies de relevés numériques permettant de compter précisément les réussites et les échecs. Leur mémoire sélectionnait naturellement les événements remarquables. Une Saint Médard suivie de plusieurs semaines humides devenait mémorable. Une Saint Médard suivie d’un mois banal était probablement beaucoup moins racontée autour de la table.

C’est ainsi que naissent les légendes météorologiques : un peu d’observation, un peu de mémoire, un peu de sélection naturelle des anecdotes et beaucoup de transmission.

La statistique, elle, arrive plusieurs siècles plus tard avec ses tableaux et ses pourcentages pour demander poliment : « Très bien. Mais combien de fois exactement ? » Et c’est finalement ce qui rend l’exercice passionnant.

Les dictons météo ne constituent pas un calendrier secret permettant de prévoir l’année. Certains sont faux, d’autres exagérés, quelques uns étonnamment pertinents. Leur valeur varie selon la région, la saison, le phénomène observé et surtout la précision de la formulation.

Mais derrière leurs rimes et leurs saints, ils constituent une forme ancienne de mémoire climatique. Et peut être est ce là leur véritable intérêt. Ils ne nous disent pas forcément quel temps il fera demain. Ils nous racontent plutôt quel temps les générations précédentes avaient appris à redouter, à espérer ou simplement à surveiller.

Finalement, nos ancêtres n’avaient peut être pas besoin d’une application météo. Ils avaient déjà l’équivalent de la notification push : Elle s’appelait Saint Médard. 😉

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Arménie : La place méconnue d’une civilisation dans l’histoire universelle

Préambule : Cette démarche n’est ni du nombrilisme, ni l’expression d’une fierté nationaliste déplacée. Elle répond à une nécessité profondément actuelle. Après des millénaires d’existence, de bouleversements, de conquêtes, de persécutions, de déplacements et de génocide, l’Arménie demeure aujourd’hui une nation dont l’existence, la sécurité, le patrimoine et l’identité sont confrontés à des menaces bien réelles. Mieux connaître son histoire ne signifie donc pas se placer au-dessus des autres peuples, mais rappeler la valeur d’un héritage humain qui mérite d’être préservé.

Faire connaître cette histoire, poursuivre les recherches et protéger le patrimoine arménien constituent ainsi une responsabilité qui dépasse la seule mémoire nationale. Il s’agit de préserver une part du patrimoine de l’Humanité. Une nation ancienne qui a traversé les siècles, contribué aux échanges entre les civilisations et donné naissance à tant de créateurs, savants, artistes et bâtisseurs mérite de pouvoir continuer à transmettre son héritage aux générations futures.

Arménie : Une civilisation trop souvent reléguée dans les marges de l’Histoire

Dans le récit courant de l’histoire mondiale, quelques grandes civilisations occupent une place prépondérante : Égypte, Mésopotamie, Grèce, Rome, Perse, Chine, Inde, puis les grandes puissances européennes et américaines.

L’Arménie apparaît souvent, à l’inverse, comme une petite nation du Caucase, connue principalement pour son histoire tragique, le génocide de 1915, sa diaspora et ses conflits contemporains.

Cette représentation est incomplète et trop souvent reléguée dans les marges de l’Histoire.

Considérer l’histoire arménienne comme périphérique revient à négliger une civilisation ancienne située au cœur de l’un des grands carrefours de l’histoire humaine, ainsi que des générations de scientifiques, ingénieurs, artistes, médecins, écrivains, musiciens, commerçants et intellectuels d’origine arménienne.

Des Hautes Terres arméniennes de l’Âge du bronze aux laboratoires du XXIe siècle, une constante apparaît : l’espace arménien et les populations qui en sont issues ont été des acteurs, des passeurs et parfois des créateurs importants dans de nombreux domaines.

Si tout n’est pas purement Arménien, il y a néanmoins de l’Arménien en tout ! Le problème n’est donc pas de fabriquer une grandeur arménienne. Il est de rétablir sa véritable proportion historique.

Les Hautes Terres arméniennes et l’histoire des langues indo-européennes

Les Hautes Terres arméniennes occupent une place importante dans les recherches sur l’origine et la diffusion des langues indo-européennes. Certaines hypothèses scientifiques, notamment celle de l’« hypothèse arménienne », situent le foyer initial du proto-indo-européen dans cette région ou dans un espace plus vaste comprenant l’Anatolie, le Caucase et le nord de la Mésopotamie.

Le plateau arménien et les origines indo-européennes

Le plateau arménien et les régions voisines du Caucase et de l’Anatolie occupent une place importante dans les scénarios sur l’origine et la formation des populations indo-européennes. Certains spécialistes y voient un foyer ancien à partir duquel des populations se seraient progressivement dispersées vers l’Europe et l’Asie. Si cette question reste débattue et ne permet pas d’attribuer une origine unique à tous les peuples indo-européens, elle souligne néanmoins l’importance du plateau arménien dans la préhistoire des grandes migrations eurasiatiques.

Des Hautes Terres arméniennes aux premières civilisations

La civilisation de Kouro-Araxe, qui se développe au IVe et au début du IIIe millénaire avant notre ère, précède de plusieurs millénaires l’apparition documentée du peuple arménien. Mais elle appartient à l’histoire très ancienne des Hautes Terres arméniennes, région majeure dans le développement des sociétés du Caucase et du Proche-Orient. Les populations qui s’y succèdent participent à des transformations essentielles dans l’agriculture, l’élevage, la métallurgie, le commerce et la gestion des ressources.

La région se trouve au croisement de l’Anatolie, de la Mésopotamie, de l’Iran et du Caucase. Cette position géographique sera l’une des constantes de toute l’histoire arménienne.

Areni et l’ancienneté de la viticulture

Le site d’Areni-1, dans l’actuelle Arménie, a livré un complexe de vinification daté d’environ 4100–4000 avant notre ère, avec installation de foulage, cuves et récipients.

La naissance de la viticulture est un phénomène vaste. Areni constitue une preuve exceptionnelle de l’ancienneté de la production vinicole dans les Hautes Terres arméniennes. Cette découverte rappelle aussi que cette région fut très tôt intégrée aux grandes transformations agricoles et culturelles du Proche-Orient. Enfin, on ne peut ici éviter le clin d’œil à l’histoire de Noé qui descendant de l’Arche a planté la première vigne dans les plaines de l’Ararat…

Hayk, Navasard et la mémoire des origines

Dans la tradition arménienne, les origines nationales sont associées à Hayk Nahapet, ancêtre légendaire du peuple arménien, dont le nom est traditionnellement lié à celui de Hayastan, l’Arménie. Le calendrier traditionnel commençait avec Navasard, la fête du Nouvel An célébrée à l’automne. Si ces récits relèvent de la tradition mythologique, ils témoignent d’une mémoire historique et culturelle revendiquant une très grande ancienneté. L’histoire documentée des royaumes et populations des Hautes Terres arméniennes remonte quant à elle à plusieurs millénaires, inscrivant l’identité arménienne dans une continuité régionale de plus de quatre millénaires.

L’Urartu (Ararat) : puissance, architecture et ingénierie

Au premier millénaire avant notre ère, le royaume d’Urartu devient une puissance majeure du Proche-Orient.

Les Urartéens ne doivent pas être simplement assimilés aux Arméniens : leur langue et leur organisation politique sont distinctes. Mais leur royaume occupait une grande partie des Hautes Terres arméniennes et constitue un élément essentiel de l’histoire ancienne de cette région.

L’Urartu témoigne d’un niveau remarquable d’organisation politique et technique, notamment dans l’hydraulique, les canaux, les réservoirs, l’irrigation, les fortifications, l’architecture, la métallurgie et l’organisation urbaine.

Les forteresses de Van, Erebouni et d’autres centres témoignent d’une civilisation capable de maîtriser un environnement montagneux difficile.

L’Arménie antique et Tigrane le Grand

Au Ier siècle avant notre ère, le royaume arménien connaît son apogée sous Tigrane II le Grand. Son royaume devient une puissance régionale considérable, à la rencontre des mondes romain, hellénistique et iranien.

À son apogée, son royaume s’étend de manière considérable entre Caucase ; Anatolie orientale ; Syrie ; Mésopotamie ; Iran occidental.

Un apport géopolitique et civilisationnel :

Création d’un vaste espace politique reliant plusieurs mondes ;
Développement de nouvelles capitales ;
Circulation des élites grecques, syriennes, iraniennes et arméniennes ;
Développement commercial ;
Monnayage ;
Diffusion de formes artistiques hellénistiques.

La fondation de Tikranakert illustre cette ambition politique et culturelle.

L’Arménie antique constitue un pont entre la Méditerranée, la Mésopotamie, l’Iran et le Caucase, position qui favorisera durablement les échanges commerciaux, culturels et intellectuels.

L’un des premiers États chrétiens

La christianisation constitue l’un des événements fondateurs de l’histoire arménienne. Au début du IVe siècle, sous Tiridate III et avec l’action de Grégoire l’Illuminateur, le christianisme devient religion d’État. La date traditionnelle de 301 est généralement retenue, même si la chronologie précise fait encore l’objet de discussions.

Cette christianisation ancienne transforme durablement la culture du pays et favorise le développement d’une architecture, d’une littérature, d’une tradition monastique, d’un art et d’une culture écrite particulièrement originaux.

Etchmiadzine, Zvartnots et Geghard

L’architecture chrétienne arménienne constitue l’un des apports les plus originaux de la région à l’histoire de l’architecture. Etchmiadzine, Zvartnots, Geghard et les nombreux monastères médiévaux témoignent d’une recherche architecturale sophistiquée autour des plans centraux, des coupoles, des tambours, de la géométrie des volumes et de la sculpture.

Cette architecture développe progressivement un vocabulaire propre et devient l’une des signatures les plus reconnaissables de la culture arménienne.

Le khachkar, littéralement « pierre à croix », constitue l’une des formes artistiques les plus caractéristiques de l’Arménie. Ces stèles associent sculpture, architecture, épigraphie, symbolisme chrétien, géométrie et motifs végétaux. Elles peuvent commémorer un défunt, une fondation, une construction ou un événement religieux.

Cette tradition constitue un patrimoine artistique et historique suffisamment singulier pour avoir été inscrite par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Mesrop Machdots et l’alphabet arménien

En 405, Mesrop Machdots crée l’alphabet arménien.

Cette création est l’une des contributions culturelles les plus incontestables de l’histoire arménienne. L’alphabet permet non seulement d’écrire la langue, mais aussi de développer l’enseignement, la littérature, la traduction, la théologie, l’historiographie et la transmission des connaissances.

Il devient également un puissant instrument de cohésion culturelle pour une population appelée à vivre sous différents empires et à se disperser sur plusieurs continents.

La transmission des savoirs antiques

Les traducteurs arméniens ont joué un rôle important dans la transmission de textes grecs, syriaques et autres. Les monastères ont constitué des centres de traduction, de copie, d’enseignement et de conservation.

Les manuscrits arméniens :

Les monastères arméniens ont développé une remarquable tradition de manuscrits enluminés associant calligraphie, enluminure, théologie, histoire, médecine et littérature. Les ateliers de Cilicie, notamment au XIIIe siècle, produisent des œuvres d’une grande sophistication. Toros Roslin demeure l’une des figures majeures de cette tradition. Certaines œuvres ou certains fragments de textes anciens sont connus grâce à leur transmission en arménien. Le Matenadaran d’Erevan conserve aujourd’hui une collection exceptionnelle de manuscrits.

Une civilisation ne contribue donc pas seulement à l’humanité lorsqu’elle invente : elle contribue également lorsqu’elle préserve et transmet le savoir produit ailleurs.

Anania Shirakatsi et les sciences médiévales

Au VIIe siècle, Anania Shirakatsi représente l’une des grandes figures scientifiques de l’Arménie médiévale. Ses travaux concernent notamment les mathématiques, l’arithmétique, l’astronomie, la géographie, la cosmologie et les calendriers. Son œuvre témoigne de l’existence d’une tradition scientifique arménienne qui dépassait largement la seule sphère religieuse.

Mkhitar Heratsi et la médecine

Au XIIe siècle, Mkhitar Heratsi devient l’une des grandes figures de la médecine arménienne médiévale. Son œuvre traite notamment des fièvres, du diagnostic, de l’alimentation, des traitements et des plantes médicinales. Elle témoigne d’une volonté d’observation clinique et d’une approche rationnelle de la maladie, dans le contexte plus large de la médecine médiévale du Proche-Orient.

Grégoire de Narek

Grégoire de Narek, moine, théologien et poète du Xe siècle, est l’une des grandes voix de la littérature arménienne. Son Livre des Lamentations est devenu une œuvre majeure de la littérature spirituelle chrétienne. Sa portée dépasse l’Église arménienne : en 2015, le pape François l’a proclamé Docteur de l’Église catholique.

Le royaume arménien de Cilicie

Du XIIe au XIVe siècle, le royaume arménien de Cilicie joue un rôle important dans les échanges de la Méditerranée orientale. En contact avec Byzance, les États latins, les puissances musulmanes et les marchands italiens, il participe à la circulation des marchandises, des idées, des techniques et des hommes. Cette période contribue également au développement des réseaux commerciaux arméniens.

L’imprimerie et Hakob Meghapart

En 1512, à Venise, Hakob Meghapart imprime l’Urbatagirk, généralement considéré comme le premier livre imprimé en arménien. L’imprimerie permet alors à la culture arménienne de se diffuser bien au-delà de son territoire historique. Venise, puis d’autres villes européennes, russes, ottomanes, iraniennes et indiennes deviennent des centres de production intellectuelle arménienne.

Les Arméniens d’Iran et la Nouvelle-Djoulfa

La Nouvelle-Djoulfa, fondée au début du XVIIe siècle près d’Ispahan après le déplacement forcé de populations arméniennes de Djoulfa, devient l’un des grands centres commerciaux et culturels arméniens du monde. Ses marchands développent des réseaux reliant la Perse à l’Empire ottoman, la Russie, l’Europe et l’Inde, où les comptoirs arméniens jouent un rôle important dans le commerce international. Ces réseaux favorisent également la circulation des capitaux, des informations, des objets, des techniques et des idées.

Les Arméniens d’Iran contribuent aussi à la diffusion de l’imprimerie et de l’éducation : la communauté de Nouvelle-Djoulfa dispose notamment d’une imprimerie dès le XVIIe siècle, tandis que ses écoles, églises et institutions deviennent des centres de vie intellectuelle. Leur patrimoine architectural et artistique, notamment la cathédrale de Vank à Ispahan, témoigne de la rencontre entre traditions arméniennes, persanes et européennes. L’histoire de Nouvelle-Djoulfa illustre ainsi une autre dimension de l’histoire arménienne : celle d’une diaspora commerçante et culturelle capable de construire, très loin de son territoire historique, des réseaux internationaux reliant plusieurs civilisations.

La diaspora : un réseau mondial

Les communautés arméniennes se développent à Constantinople, Tbilissi, Ispahan, Moscou, Odessa, Venise, Vienne, Calcutta, Le Caire, Beyrouth, Paris, Marseille, Buenos Aires, Los Angeles et dans de nombreuses autres villes. Elles fondent écoles, imprimeries, journaux, associations, églises, hôpitaux et institutions caritatives. La diaspora devient ainsi un véritable réseau mondial de transmission culturelle, économique et intellectuelle : littérature, peinture et modernité.

Le XIXe siècle voit l’essor d’une culture arménienne moderne.

Ivan Aïvazovski devient un peintre de renommée internationale. Khatchatour Abovian, Raffi, Hovhannes Toumanian et d’autres écrivains participent au renouvellement de la littérature. La presse, l’éducation et les institutions culturelles se développent rapidement, faisant entrer la culture arménienne dans la modernité.

Komitas et la mémoire musicale

Komitas Vardapet est l’une des figures majeures de la musique arménienne. Compositeur, musicologue et ethnomusicologue, il collecte et transcrit de nombreux chants populaires. Son travail est essentiel à la préservation d’un patrimoine musical menacé de disparition et illustre la capacité de la culture arménienne à transformer la mémoire en création.

1915 : une catastrophe civilisationnelle

Le génocide des Arméniens dans l’Empire ottoman constitue une rupture majeure.

La destruction touche les populations, les intellectuels, les religieux, les artisans, les commerçants et les enseignants. Des communautés présentes depuis des siècles disparaissent. Les survivants se dispersent à travers le Moyen-Orient, l’Europe, la Russie et les Amériques. La diaspora devient alors encore davantage le principal vecteur de la continuité culturelle arménienne.

Les Arméniens dans les deux guerres mondiales

Les Arméniens participent à la Première guerre mondiale et à la Seconde guerre mondiale dans différentes armées et différents pays.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des milliers servent notamment dans l’Armée rouge. Ivan Bagramian devient l’un des grands commandants soviétiques.

En France, Missak Manouchian, survivant du génocide, poète et résistant, devient l’une des figures de la Résistance française. Exécuté au Mont-Valérien en 1944, il entre au Panthéon en 2024 avec Mélinée Manouchian.

Les Arméniens ne furent donc pas seulement victimes de l’histoire du XXe siècle : ils en furent également des acteurs et des combattants.

L’Arménie soviétique : science et industrie

Après la courte indépendance de 1918–1920, l’Arménie devient une république soviétique.

Cette période signifie une perte de souveraineté politique, mais permet aussi la construction d’importantes infrastructures scientifiques et industrielles, avec universités, instituts de recherche, Académie des sciences, observatoires et écoles d’ingénieurs.

Une génération remarquable de scientifiques et d’ingénieurs apparaît.

Viktor Ambartsumian devient l’un des grands astrophysiciens du XXe siècle. Ses recherches portent notamment sur les étoiles, les associations stellaires et les processus physiques dans les galaxies. Il fonde l’observatoire de Byurakan, qui devient un centre majeur de l’astrophysique soviétique et internationale.

Les rovers Lunokhod et la conquête spatiale

Alexander Kemurdzhian joue un rôle majeur dans la conception des rovers lunaires Lunokhod. Ces véhicules robotisés figurent parmi les premières machines à se déplacer sur un autre monde. Leur réalisation exigeait des avancées en robotique, télécommunications, contrôle à distance, énergie et ingénierie spatiale. C’est l’une des contributions les plus spectaculaires de scientifiques d’origine arménienne à l’exploration spatiale.

Physique nucléaire et éléments superlourds

Des scientifiques d’origine arménienne comme Abram Alikhanov, Artem Alikhanian et Karen Ter-Martirosian ont participé au développement de la physique nucléaire soviétique.

Yuri Oganessian est devenu l’une des grandes figures de la recherche sur les éléments superlourds.L’élément 118, l’oganesson, porte son nom, distinction exceptionnelle dans l’histoire de la chimie.

Mathématiques : Emil Artin

Emil Artin, mathématicien d’ascendance arménienne, est l’une des grandes figures de l’algèbre du XXe siècle. Ses travaux ont profondément influencé la théorie des nombres, la théorie des corps et l’algèbre moderne. Son nom reste associé à plusieurs concepts fondamentaux et à la célèbre conjecture d’Artin.

Informatique et technologies numériques

Boris Babayan joue un rôle majeur dans le développement des ordinateurs soviétiques Elbrus et dans les architectures informatiques parallèles.

Aux États-Unis, Avie Tevanian, ingénieur d’origine arménienne, joue un rôle central chez NeXT puis Apple. Les technologies développées autour de NeXT et de Mach deviennent une composante essentielle de l’architecture de Mac OS X.

Ces trajectoires illustrent la place de scientifiques et ingénieurs d’origine arménienne dans l’évolution de l’informatique moderne.

Télévision couleur et technologies de l’image

Hovannes Adamian fait partie des pionniers des systèmes de télévision couleur et travaille notamment sur les systèmes trichromatiques.

Luther Simjian, né dans l’Empire ottoman dans une famille arménienne, dépose quant à lui de nombreux brevets dans les domaines de l’imagerie, de la photographie, de la médecine et de l’automatisation bancaire. Son Bankograph constitue un précurseur du distributeur automatique.

IRM : Raymond Damadian

Raymond Damadian, scientifique américain d’origine arménienne, apporte une contribution fondamentale au développement de l’imagerie par résonance magnétique. Il démontre notamment les différences de relaxation magnétique entre tissus et construit le premier scanner IRM corps entier.

L’histoire de l’IRM implique également Paul Lauterbur et Peter Mansfield. Il serait donc incorrect de l’attribuer à un seul homme, mais il serait tout aussi incorrect d’effacer Damadian de cette histoire.

Aviation : Artem Mikoyan

Artem Mikoyan, ingénieur d’origine arménienne, cofonde avec Mikhail Gurevich le bureau d’études à l’origine des avions MiG. Ces appareils deviennent parmi les avions de chasse les plus célèbres du XXe siècle et jouent un rôle majeur dans l’histoire de l’aviation militaire.

Arshile Gorky et l’art moderne

Arshile Gorky devient l’une des figures importantes de la peinture américaine du XXe siècle. Son œuvre participe à la transition entre surréalisme, abstraction et expressionnisme abstrait. Son parcours illustre également la manière dont l’expérience du déracinement et du génocide a pu être transformée en création artistique.

Paradjanov et le cinéma

Sergueï Paradjanov, né à Tbilissi dans une famille arménienne, révolutionne le cinéma soviétique. La Couleur de la grenade, consacrée à Sayat-Nova, développe un langage visuel profondément original et exerce une influence durable sur le cinéma d’auteur mondial.

Khatchatourian et la musique

Aram Khatchatourian devient l’un des compositeurs les plus célèbres de l’Union soviétique. Son œuvre associe traditions musicales arméniennes, influences caucasiennes et langage symphonique moderne.

La Danse du sabre devient mondialement célèbre et contribue à faire connaître des éléments de la culture musicale arménienne bien au-delà du Caucase.

Charles Aznavour

Charles Aznavour fait entrer une part de l’identité arménienne dans la culture populaire mondiale. Auteur, compositeur et interprète, il mène une carrière internationale exceptionnelle et chante dans plusieurs langues.

Après le séisme de Spitak en 1988, son engagement en faveur de l’Arménie contribue également à mobiliser une importante solidarité internationale.

Une diaspora présente dans de nombreux domaines

Les personnalités d’origine arménienne sont présentes dans de nombreux domaines, des sciences à la littérature, de la médecine à l’industrie, de la musique au cinéma, de l’architecture à l’entrepreneuriat.

William Saroyan, Cher, Serj Tankian, Andre Agassi, Atom Egoyan, la famille Kardashian, Tigran Petrossian, Lévon Aronian, Henri Verneuil, Hrant Dink et de nombreuses autres personnalités témoignent de cette présence internationale. Cette liste pourrait être considérablement prolongée.

Génétique : une histoire de continuités et de mélanges

Les recherches contemporaines en génétique des populations et en ADN ancien permettent désormais de mieux comprendre l’histoire démographique des Hautes Terres arméniennes.

Elles étudient les migrations, les mélanges, l’agriculture et les continuités de population dans le Caucase et le Proche-Orient.

Ces recherches montrent une homogénéité génétique remarquable malgré une histoire faite de continuités, de déplacements et de contacts.

Le XXIe siècle : préserver l’héritage par le numérique

Le patrimoine arménien entre aujourd’hui dans une nouvelle phase avec la numérisation, l’intelligence artificielle, la reconnaissance automatique des écritures, la génomique et les nouvelles méthodes d’archivage. Ces technologies permettent de préserver les manuscrits, numériser les archives, étudier l’arménien ancien et moderne, reconstruire des corpus dispersés et mieux protéger un patrimoine longtemps vulnérable.

Après avoir survécu à la destruction physique et à la dispersion géographique, la mémoire arménienne entre ainsi dans une nouvelle bataille : celle de la conservation et de la transmission numériques.

Pourquoi cet héritage est-il si insuffisamment visible ?

L’Arménie n’est pas inconnue. Elle est plutôt sous-représentée dans les grands récits historiques. Le monde connaît l’Arménie, mais connaît beaucoup moins ce que les populations arméniennes et les sociétés des Hautes Terres arméniennes ont apporté à l’histoire mondiale. Ce décalage entre importance historique et visibilité mémorielle possède plusieurs causes.

La géographie

L’Arménie se situe au croisement de plusieurs grands ensembles : Anatolie, Caucase, Iran, Mésopotamie et monde méditerranéen. Cette position a favorisé les échanges, mais elle a également conduit les récits historiques à présenter fréquemment l’Arménie comme un espace intermédiaire entre de grandes puissances plutôt que comme un acteur historique à part entière.

L’absence prolongée d’un État indépendant

Les grandes puissances disposent généralement d’universités, d’archives, de musées, d’institutions et de moyens diplomatiques permettant de diffuser leur propre récit. L’Arménie a connu de longues périodes sans État indépendant, son territoire étant partagé ou intégré à de grands empires, notamment depuis la chute du Royaume de la petite Arménie en 1375. Cette absence institutionnelle a nécessairement limité les moyens disponibles pour diffuser une historiographie arménienne à l’échelle mondiale.

Les destructions et les ruptures

Les invasions, déplacements, massacres et changements politiques ont régulièrement interrompu les institutions culturelles. Une civilisation a besoin de bibliothèques, d’écoles, d’archives, de monuments et de communautés pour transmettre sa mémoire. Chaque destruction produit donc une perte qui dépasse largement l’objet matériel lui-même.

Le génocide de 1915

Le génocide des Arméniens a profondément bouleversé la géographie de cette civilisation. Des communautés présentes depuis des siècles disparaissent ou sont dispersées. Une civilisation historiquement territoriale devient largement diasporique. Cette rupture explique en partie pourquoi une partie considérable du patrimoine arménien se trouve aujourd’hui répartie entre plusieurs pays et institutions.

La destruction du patrimoine

La destruction de monuments et de sites arméniens dans différentes régions historiques constitue une autre forme d’effacement. Le cas de l’arménie turque, du Nakhitchévan et récemment du cimetière de Julfa, avec la destruction de plus de milliers d’églises et de khachkars, est particulièrement emblématique.

Détruire un monument, c’est aussi supprimer une source historique et priver les générations futures d’une expérience directe du patrimoine.

La négation du génocide

L’existence de politiques de négation du génocide arménien est documentée par de nombreux travaux historiques. Cette négation ne concerne pas seulement la mémoire de 1915. Elle peut également contribuer à marginaliser l’existence historique des communautés arméniennes, leur patrimoine et leur rôle dans l’histoire de l’Anatolie et du Proche-Orient.

La Realpolitik

La mémoire historique se heurte parfois aux intérêts géopolitiques. La position stratégique de la Turquie, son rôle dans l’OTAN, son importance régionale et ses relations avec la Russie et le Moyen-Orient ont conduit certains gouvernements à privilégier la prudence diplomatique. Cela signifie que les vérités historiques peuvent être reléguées lorsqu’elles entrent en conflit avec des intérêts stratégiques.

La soviétisation

Une partie importante des scientifiques et ingénieurs arméniens du XXe siècle a travaillé dans des institutions soviétiques. Leurs réalisations sont donc souvent présentées comme relevant de la « science soviétique ». Cette classification est institutionnellement exacte, mais elle peut masquer la diversité des origines des chercheurs qui ont contribué à cette science.

La diaspora : réussite et invisibilité

La diaspora arménienne a réussi à s’intégrer dans de nombreux pays tout en conservant ses institutions.

Mais cette intégration produit un paradoxe : un scientifique ou un artiste d’origine arménienne devient américain, français, russe, argentin ou canadien dans les récits nationaux, et son héritage arménien disparaît parfois de la mémoire collective.

L’assimilation est ainsi à la fois une réussite sociale et un mécanisme d’invisibilisation historique.

Les grands récits historiques

Les manuels privilégient souvent des récits simples : Égypte, Grèce, Rome, Perse, Chine, Europe, États-Unis. L’histoire arménienne traverse au contraire plusieurs ensembles civilisationnels. Elle est à la fois caucasienne, proche-orientale, chrétienne, liée au monde iranien, au monde méditerranéen et à l’espace européen par ses réseaux historiques.Elle entre donc difficilement dans les catégories traditionnelles.

Le poids démographique et médiatique

La mémoire mondiale dépend aussi des moyens disponibles. Les grandes populations disposent naturellement de davantage d’universités, d’éditeurs, de chercheurs, de musées et de contenus numériques. L’Arménie et sa diaspora disposent de ressources considérables, mais elles restent dispersées.

Par ailleurs, les médias contemporains présentent surtout l’Arménie à travers ses crises géopolitiques, le Haut-Karabakh, ses relations avec l’Azerbaïdjan, la Turquie ou la Russie. L’histoire ancienne, la science et la culture sont alors reléguées au second plan.

Des mécanismes d’effacement imaginaires ?

Des politiques de négation, des destructions patrimoniales, des manipulations historiques, des pressions diplomatiques, des changements de noms, la disparition d’archives, et l’assimilation et la marginalisation linguistique sont des phénomènes documentés selon les périodes et les contextes.

L’effacement est un phénomène structurel. L’explication la plus solide réside probablement dans l’accumulation de mécanismes historiques.

Le peuple arménien sans État dispose de moins de moyens institutionnels. Les destructions font disparaître des sources. La diaspora disperse les archives et les chercheurs. L’assimilation fait disparaître les origines dans certaines biographies. De plus, les alliances et la Realpolitik conduisent à limiter la visibilité des Arméniens, et la barrière linguistique limite l’accès aux sources. Enfin, les grands récits privilégient les puissances démographiques et politiques.

Cette accumulation produit un résultat réel : une visibilité mondiale inférieure à l’importance historique de l’héritage arménien.

Une Diaspora insuffisamment impliquée ?

Pendant des générations, la diaspora arménienne a dû consacrer ses ressources à survivre, reconstruire, maintenir ses écoles, préserver sa langue et défendre la mémoire du génocide. La conservation de l’identité était une urgence. La diffusion mondiale d’une histoire arménienne complète ne pouvait donc pas toujours être prioritaire.

Aujourd’hui, la situation est différente : Les outils numériques permettent de rendre cette histoire accessible dans de nombreuses langues, de numériser les sources, de croiser les archives, de relier les chercheurs et de diffuser largement les travaux scientifiques.

L’enjeu n’est plus seulement de préserver le patrimoine arménien. Il est de le rendre visible dans l’histoire universelle. De faire mieux connaître la vraie place de l’Arménie au sein des nations.

Les Hautes Terres arméniennes se trouvent au cœur de plusieurs des grandes transformations de l’Antiquité. Les sociétés qui s’y sont développées ont participé à l’histoire de l’agriculture, de la métallurgie, de l’urbanisation et de la gestion de l’eau.

L’Urartu témoigne d’une remarquable maîtrise politique et technique. L’Arménie antique devient, sous Tigrane le Grand, une puissance régionale majeure. La christianisation précoce donne naissance à une tradition architecturale et artistique originale. Mesrop Machtots crée un alphabet qui permet à une langue et à une littérature de traverser les siècles. Les monastères conservent et transmettent des connaissances. Les savants médiévaux travaillent sur les mathématiques, l’astronomie et la médecine. Les manuscrits, les khachkars et l’architecture chrétienne constituent un patrimoine exceptionnel.

Puis, malgré les persécutions, le génocide, les déplacements et la perte de l’État, des générations d’Arméniens et de personnes d’origine arménienne participent aux sciences modernes, à la médecine, aux mathématiques, à l’informatique, à l’aéronautique, à l’exploration spatiale, aux arts, à la musique, au cinéma, à la littérature et à l’industrie.

Cette histoire n’est pas une compétition avec d’autres civilisations : L’objectif est de reconnaître l’ancienneté d’un patrimoine, de reconnaître les découvertes auxquelles des scientifiques d’origine arménienne ont réellement contribué sans effacer les autres chercheurs; De reconnaître les personnalités arméniennes sans leur retirer leur appartenance aux sociétés dans lesquelles elles ont vécu et travaillé.

L’histoire de l’Arménie est précisément intéressante parce qu’elle est une histoire de carrefour, d’échanges, de créations, de transmission et de résilience. Elle n’est ni une histoire périphérique, ni une histoire qui aurait besoin de s’approprier les réalisations des autres. Bien au contraire.

Elle est l’histoire d’un peuple ancien, d’un espace situé au croisement de plusieurs civilisations, d’une culture qui a survécu à des ruptures historiques majeures et d’une diaspora qui a continué à produire des contributions dans de nombreux domaines.

Cet article a pour vocation de rappeler une partie de ce que l’Histoire a parfois relégué dans l’ombre. Les Arméniens, par leur histoire, leur culture, leurs savoirs et les contributions de nombreuses personnalités qui en sont issues, ont participé de manière importante à l’édification de la civilisation. Les recherches archéologiques, historiques, linguistiques, génétiques et scientifiques, encore nombreuses et nécessaires, permettent chaque année de mieux documenter cette histoire et de révéler de nouveaux éléments sur le rôle des populations et des personnalités arméniennes au cours des siècles.

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Le djihadisme, dommage collatéral ou outil géopolitique de l’Occident ?

Depuis plusieurs décennies, les puissances occidentales affirment mener une lutte constante contre l’extrémisme islamiste. Pourtant, l’analyse des conflits au Moyen-Orient et dans d’autres régions révèle une réalité plus complexe : ces mêmes puissances ont, à de multiples reprises et quasi systématiquement, contribué directement ou indirectement à créer les conditions de l’émergence et du renforcement de ces mouvements.

Plus qu’une série d’erreurs isolées, ce phénomène dessine une constante stratégique : instrumentaliser des forces locales, souvent radicales, pour atteindre des objectifs géopolitiques immédiats, au prix d’effets à long terme largement sous-estimés, ignorés voire désirés.

Afghanistan : matrice d’un djihad international

Dans les années 1980, les États-Unis, avec le soutien du Pakistan et de l’Arabie saoudite, mobilisent des combattants islamistes pour affaiblir l’Union soviétique en Afghanistan.

Cette politique ne se limite pas à un soutien militaire. Elle favorise l’émergence d’un véritable écosystème transnational :

  • réseaux de combattants étrangers ;
  • financements massifs, notamment via des circuits privés du Golfe ;
  • diffusion d’un discours religieux radicalisé ;
  • structuration d’infrastructures idéologiques et logistiques.

C’est dans ce contexte que naissent les réseaux qui donneront Al-Qaïda.

Des responsables américains, dont Hillary Clinton, ont reconnu que les combattants soutenus dans les années 1980 faisaient partie de l’environnement qui a ensuite produit des adversaires que les États-Unis ont dû prétendre combattre.

pour sa part, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane a déclaré que la propagation du wahhabisme à l’étranger avait été encouragée pendant la guerre froide, notamment à la demande d’alliés occidentaux soucieux de contrer l’influence soviétique. Cette reconnaissance éclaire rétrospectivement la dimension stratégique de cette expansion idéologique.

Irak : l’effondrement comme catalyseur

L’invasion de l’Irak en 2003 marque un tournant majeur.

La destruction de l’appareil étatique irakien — en particulier la dissolution de l’armée — crée un vide sécuritaire et politique sans précédent.

Ce vide devient le terreau idéal pour l’implantation de groupes djihadistes :

  • Al-Qaïda en Irak émerge rapidement ; Al-Qaïda en Irak est une branche locale qui s’est greffée sur le réseau originel d’Al-Qaïda d’Afghanistan, en s’appuyant à la fois sur l’héritage afghan et sur le chaos créé par l’invasion américaine.
  • elle évolue ensuite en État islamique d’Irak ;
  • puis en Daech, organisation transnationale majeure.

La dynamique est claire : une intervention censée stabiliser la région produit étonnamment l’effet inverse, en accélérant la radicalisation et la fragmentation.

Syrie : l’ambiguïté des alliances

À partir de 2011, la Syrie devient le théâtre d’une guerre complexe où les puissances occidentales cherchent à affaiblir le régime de Bachar al-Assad.

Sur le terrain, la distinction entre opposition modérée et groupes radicaux s’avère souvent théorique.

Des groupes issus de la mouvance djihadiste, comme le Front al-Nosra — dirigé par Abou Mohammed al-Jolani et affilié à Al-Qaïda — deviennent des acteurs centraux du conflit. Malgré leur idéologie, ces groupes bénéficient à certains moments d’une tolérance, voire d’un soutien indirect, dans la mesure où ils participent à l’affaiblissement du régime syrien.

Cette situation illustre une logique récurrente : dans un contexte de guerre par procuration, la priorité donnée à l’objectif stratégique immédiat conduit à relativiser la nature des acteurs mobilisés.

Le résultat est connu :

  • fragmentation extrême du territoire ;
  • montée en puissance de groupes djihadistes ;
  • prolongation du conflit ;
  • internationalisation de la guerre.

Palestine : instrumentalisation des fractures

Le cas palestinien met en lumière une autre dimension stratégique : l’exploitation des divisions internes.

Des responsables israéliens ont reconnu que, dans certaines périodes, les mouvements islamistes ont été perçus comme un contrepoids utile face à l’OLP, jugée alors plus structurée politiquement.

Cette logique de fragmentation a contribué à affaiblir une représentation unifiée, tout en favorisant l’émergence d’acteurs plus radicaux.

Le Hamas s’inscrit dans cette dynamique : initialement perçu comme un levier dans un rapport de force interne, il devient ensuite un acteur central du conflit, difficilement contrôlable.

Autres théâtres : répétition du schéma

En Bosnie, en Tchétchénie ou dans d’autres zones de conflit, on observe des mécanismes similaires :

  • afflux de combattants étrangers ;
  • circulation de financements opaques ;
  • diffusion d’idéologies radicales dans des contextes de guerre.

Dans ces environnements, les groupes les plus idéologiquement structurés et militairement déterminés finissent souvent par s’imposer.

La constante stratégique

Au-delà des contextes spécifiques, un schéma récurrent apparaît :

  • identifier un adversaire prioritaire ;
  • mobiliser des forces locales radicales ;
  • minimiser le facteur idéologique au profit de l’efficacité immédiate ;
  • gérer a posteriori les conséquences.

Cette approche repose sur l’idée implicite que ces acteurs peuvent être instrumentalisés puis contenus. L’expérience montre que des couacs se produisent : ces groupes acquièrent parfois une autonomie, se renforcent et finissent par essayer de redéfinir les rapports de force. Dans ce cadre, le sort réservé aux acteurs devenus incontrôlables est l’élimination. Lorsque certains chefs ou factions djihadistes prennent conscience de leur instrumentalisation, s’émancipent des circuits d’influence ou cessent de servir les priorités géopolitiques initiales, ils deviennent des cibles prioritaires. Leur élimination est alors souvent mise en scène et fortement médiatisée, présentée comme la preuve de l’engagement déterminé de l’Occident dans la lutte contre le terrorisme. Ces opérations, réelles et parfois militairement significatives, remplissent également une fonction politique et narrative : elles permettent de réaffirmer une posture de lutte contre l’extrémisme, tout en occultant les phases antérieures de tolérance, de soutien indirect ou d’instrumentalisation.

De l’erreur revendiquée à la récurrence cynique

Le constat dépasse désormais la simple critique de décisions ponctuelles.

Se tromper une fois peut relever de l’erreur stratégique. Mais reproduire, sur plusieurs décennies et dans des contextes géographiques variés, des politiques produisant des phénomènes similaires — fragmentation des États, montée des radicalismes, instabilité durable — interroge sur leur nature réelle.

Ce qui apparaît n’est plus seulement une accumulation d’échecs, mais la persistance d’une logique.

Dès lors, la question n’est plus uniquement de savoir comment ces crises ont émergé, mais dans quelle mesure elles résultent de choix assumés.

Car à force de voir les mêmes méthodes produire les mêmes effets, l’hypothèse de la simple erreur devient difficile à soutenir. Elle laisse place à celle d’une stratégie consciente, où les conséquences à long terme sont connues, mais acceptées comme le prix d’intérêts géopolitiques jugés prioritaires.

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Liste des mesures folles contre le Covid qui ont semées le doute et sapé la confiance !

3 mai 2021- 3 mai 2026 : 5ème anniversaire de la fin du confinement :

Ah, le Covid… Une période hors du commun que nous avons traversée. Sa gestion a suscité de nombreuses interrogations et critiques. Pourtant, dans le climat de peur qui régnait, tout débat apaisé semblait impossible. Ceux qui ne se conformaient pas aux décisions en vigueur étaient qualifiés de complotistes ou d’irresponsables.

Cinq ans plus tard, alors que les tensions se sont apaisées, il est nécessaire, dans un souci d’intérêt général, de revenir sur cette crise. Il est important de rappeler à quel point les décisions qui, à l’époque, avaient été dénoncées nous semblent aujourd’hui vraiment absurdes, incohérentes, autoritaires, bureaucratiques ou encore contre-productives.

Voici donc une liste de décisions abracadabrantesques, n’hésitez pas à rajouter en commentaire celles qui m’ont échappées tant la créativité était forte à l’époque. A la lecture de ces décisions aberrantes, ne prend-on pas conscience de l’amateurisme de nos dirigeants ? N’ont-ils pas fait plus de mal à notre société que le virus lui-même ?

Communication et contradictions publiques

Dire au début que les masques « ne servent à rien », puis les rendre obligatoires quelques semaines plus tard.
Mise en avant de modèles catastrophistes largement surestimés.
Changement constant des consignes sanitaires.
Multiplication de messages contradictoires entre gouvernements, scientifiques et agences.
Utilisation de slogans simplistes (« restez chez vous », « guerre contre le virus ») jugés infantilisants.
Communication anxiogène basée sur les compteurs quotidiens de morts/cas.
Absence de distinction claire entre « mourir du Covid » et « mourir avec le Covid ».
Présentation médiatique de données sans contexte démographique.
Changement fréquent de définition de « cas Covid ».
Présentation d’incertitudes scientifiques comme des certitudes.
Diabolisation de toute critique assimilée au « complotisme ».
Censure ou marginalisation de médecins dissidents.
Usage politique de « suivre la science » alors que les scientifiques eux-mêmes divergeaient.


Masques
Obligation du masque en extérieur même sans proximité.
Obligation du masque dans des rues désertes ou en forêt.
Interdiction de retirer le masque brièvement sur des plages.
Obligation du masque pour des enfants très jeunes.
Port du masque assis inutile mais obligatoire debout au restaurant.
Obligation de porter un masque pour entrer puis retrait une fois assis.
Tolérance d’activités bondées mais interdiction d’activités peu risquées.
Port prolongé du masque à l’école malgré faibles risques pédiatriques initiaux.
Règles différentes selon régions sans justification claire.
Contrôles policiers jugés disproportionnés.
Amendes pour absence de masque dans des contextes absurdes.


Confinement
Confinement généralisé sans différenciation territoriale.
Interdiction de sortir à plus de X kilomètres du domicile.
Auto-attestations de sortie papier.
Limitation arbitraire à 1 heure de promenade.
Fermeture des parcs, plages, montagnes ou forêts.
Interdiction de s’asseoir seul sur un banc.
Interdiction de visiter ses proches âgés.
Isolement de personnes mourantes.
Interdiction des funérailles normales.
Autorisation de travailler en open-space mais interdiction de réunions familiales.
Fermeture des petits commerces mais maintien des grandes surfaces ouvertes.
Distinction jugée incohérente entre « commerces essentiels » et « non essentiels ».
Fermeture des librairies mais maintien ouverts de certains rayons en supermarché.
Interdiction de vendre certains produits dans certains magasins.
Interdiction de sports individuels en extérieur.
Interdiction de déplacements entre régions.
Fermetures de frontières parfois tardives ou symboliques.
Reconfinements successifs malgré vaccination croissante.
Couvre-feux très précoces (18h).
Contrôles policiers massifs.
Usage de drones ou surveillance numérique dans certains pays.


Écoles et universités
Fermeture longue des écoles malgré données ambiguës sur la transmission enfantine.
Enseignement à distance prolongé.
Isolement psychologique des étudiants.
Protocoles scolaires changeant constamment.
Fermeture de classes pour un seul cas.
Enfants masqués toute la journée.
Interdiction des activités sportives scolaires.
Restrictions sévères dans les universités pendant que d’autres secteurs ouvraient.
Absence de prise en compte des conséquences psychiatriques et éducatives.


EHPAD et personnes âgées
Confinement extrême des résidents d’EHPAD.
Interdiction des visites familiales pendant des mois.
Décès dans l’isolement.
Résidents empêchés de sortir malgré vaccination.
Décisions bureaucratiques uniformes sans individualisation.
Transferts hospitaliers limités dans certains endroits saturés.
Priorisation critiquée des critères d’âge.


Vaccination
Promesse que les vaccins empêcheraient totalement la transmission.
Changements fréquents sur le nombre de doses nécessaires.
Passer de « 2 doses suffisent » à rappels multiples.
Pression sociale forte sur la vaccination.
Pass sanitaire / pass vaccinal.
Exclusion de certaines activités sociales pour non-vaccinés.
Licenciements ou suspensions de soignants non vaccinés.
Obligation vaccinale indirecte.
Maintien de restrictions pour vaccinés.
Communication minimisant certains effets secondaires rares.
Retard dans la reconnaissance de myocardites ou thromboses rares.
Vaccination de populations très jeunes jugée disproportionnée par certains critiques.
Vaccination après infection naturelle sans prise en compte initiale de l’immunité acquise.
Discrimination perçue entre vaccinés et non-vaccinés.
Rhétorique politique agressive envers les non-vaccinés.
Interdiction de l’hydroxychloroquine, utilisée à grande échelle à travers le monde, et obligation d’injection d’un produit n’ayant pas bénéficié du processus normal de contrôle et de validation.


Tests et traçage
Tests massifs de personnes asymptomatiques.
Dépendance à la PCR avec seuils de cycles contestés.
Quarantaines imposées malgré absence de symptômes.
Isolements répétés d’élèves.
Applications de traçage peu efficaces.
Coûts gigantesques des campagnes de tests.
Files d’attente massives pour tests.
Fermeture administrative automatique sur base statistique.
Usage de tests rapides avec fiabilité variable.
Comptage de cas sans distinction gravité/hospitalisation.


Restrictions jugées arbitraires
Interdiction de boire un café debout mais autorisation assis.
Distanciation de 2 mètres puis 1 mètre.
Sens de circulation absurdes dans les magasins.
Plexiglas partout malgré efficacité discutée.
Fermeture des restaurants à certaines heures seulement.
Règles différentes selon type d’établissement sans logique visible.
Interdiction de chanter mais pas de parler fort.
Jauges numériques arbitraires.
Interdiction de vendre alcool après certaines heures.
Quarantaines hôtelières très coûteuses.
Désinfection obsessionnelle des surfaces malgré transmission aérienne dominante ensuite reconnue.
Nettoyage excessif des rues/plages/objets.
Fermeture de terrains de jeux pour enfants.
Mesures variant selon activité politique ou événement médiatique.


Gestion hospitalière
Manque de stocks de masques et équipements.
Réduction antérieure des lits hospitaliers.
Bureaucratie hospitalière lourde.
Reports massifs d’opérations et soins non-Covid.
Retards de diagnostic pour cancers et autres maladies.
Centralisation excessive des décisions.
Interdiction de certains traitements expérimentaux hors protocoles.
Conflits publics entre médecins médiatiques.
Tri des patients dans les régions saturées.
Dépendance industrielle étrangère pour médicaments et matériel.


Libertés publiques et police
Contrôles d’attestations à domicile ou dans la rue.
Usage d’hélicoptères/drones pour surveiller la population.
Arrestations liées aux restrictions sanitaires.
Manifestations interdites mais événements politiques tolérés ailleurs.
Extension de pouvoirs d’exception.
Normalisation de l’état d’urgence sanitaire.
Restrictions de culte religieux.
Restrictions sur les rassemblements privés.
Surveillance numérique accrue.


Économie et travail
Fermeture administrative de secteurs entiers.
Destruction économique des petits commerces.
Enrichissement relatif des grandes plateformes numériques.
Aides publiques inégales.
Endettement massif des États.
Télétravail prolongé et isolement social.
Inégalités accrues entre classes sociales.
Restrictions plus lourdes pour les travailleurs manuels que pour les cadres.
Inflation post-crise attribuée en partie aux politiques Covid.


Science, expertise et institutions
Conflits d’intérêts supposés ou réels.
Surexposition médiatique d’experts non spécialistes.
Marginalisation du débat contradictoire.
Publication accélérée d’études ensuite rétractées.
Politisation des agences sanitaires.
Difficulté à reconnaître les erreurs passées.
Consensus scientifique présenté comme monolithique.
Dépendance aux modèles mathématiques.
Influence supposée des laboratoires pharmaceutiques.
Communication opaque sur les contrats vaccinaux.


Frontières et voyages
Fermetures tardives des frontières.
Quarantaines variables selon pays.
Restrictions absurdes selon nationalité ou provenance.
Interdiction de voyager malgré vaccination.
Tests répétés pour voyageurs vaccinés.
Règles changeant constamment avant départ.
Isolements obligatoires coûteux.
Contrôles incohérents entre transports.


Cas emblématiques souvent moqués
Promeneurs verbalisés seuls sur une plage.
Joggeurs contrôlés pour dépassement du rayon autorisé.
Interdiction d’acheter des graines ou livres dans certains magasins.
Restaurants fermés mais cantines d’entreprise ouvertes.
Files d’attente compactes créées par les jauges.
Couvre-feu poussant les gens à se concentrer aux mêmes horaires.
Obligation du masque entre deux bouchées.
Skieurs interdits mais remontées mécaniques étrangères ouvertes.
Interdiction de surfer seul.
Policier contrôlant des attestations dans des zones désertes.
Autorisation de tourner des émissions TV mais pas de spectacles publics.
Ouverture des Parcs d’attraction mais pas des manèges.

Critiques plus larges
Infantilisation des citoyens.
Gouvernement par la peur.
Réduction de la vie sociale à la sécurité biologique.
Vision « hygiéniste » de la société.
Extension durable du contrôle numérique.
Affaiblissement du débat démocratique.
Confusion entre santé publique et morale civique.
Création d’un climat de suspicion entre citoyens.
Déresponsabilisation individuelle au profit de règles uniformes.

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De l’amitié arméno-turque…

Nikol Pashinyan, Premier Ministre arménien, rêve d’une « normalisation » entre la Turquie et l’Arménie et du développement de l’amitié arméno-turque… C’est louable mais à quel prix ? Car il y a un très lourd passif entre les deux nations…

La destruction du patrimoine arménien ne s’est pas limitée à la population arménienne de l’Empire ottoman. C’est un écosystème civilisationnel entier qui a disparu : Eglises, écoles, bibliothèques, manuscrits, cimetières, quartiers urbains, monastères fortifiés, ponts, hôpitaux, khatchkars (pierres-croix), inscriptions, toponymes et maisons historiques.

Les historiens parlent souvent d’« effacement culturel » ou de « génocide culturel », parce que la destruction a touché non seulement les personnes, mais aussi les traces matérielles de leur existence.

Les chiffres globaux les plus souvent cités :

Avant 1915, les Arméniens de l’Empire ottoman possédaient environ :
Églises et monastères : 2 300 à 2 500
Écoles arméniennes : 1 900 à 2 000
Hôpitaux, orphelinats, institutions : Plusieurs centaines
Cimetières et khatchkars : Plusieurs milliers
Sites culturels arméniens recensés en Anatolie : 4 600

Ces chiffres proviennent notamment du Patriarcat arménien de Constantinople, du projet d’inventaire de la Fondation Hrant Dink et de recherches universitaires sur le patrimoine anatolien.

Selon la Fondation Hrant Dink, environ 4 600 structures arméniennes (églises, écoles, hôpitaux, monastères, cimetières, etc.) ont été identifiées historiquement sur le territoire turc actuel.

  1. Les écoles arméniennes

En 1914, environ 1 996 écoles arméniennes existaient dans l’Empire ottoman.

Aujourd’hui, seules quelques écoles arméniennes subsistent à Istanbul. La quasi-totalité des écoles d’Anatolie orientale ont disparu. Beaucoup furent confisquées, transformées en bâtiments publics, incendiées, ou abandonnées après la déportation des populations.

La disparition des écoles est fondamentale : C’était le cœur de la transmission linguistique et culturelle arménienne.

  1. Les monastères majeurs détruits ou ruinés :

Parmi les ensembles monastiques emblématiques détruits, gravement endommagés ou abandonnés :

Monastère de Varagavank : Immense centre religieux près de Van, bombardé puis pillé après 1915.

Monastère Saint-Barthélemy : Utilisé un temps comme caserne militaire, largement détruit.

Monastère de Narek : Lieu lié à Grégoire de Narek ; totalement disparu.

Monastère de Khtzkonk : Complexe médiéval dont plusieurs églises ont été dynamitées au XXe siècle.

Cathédrale d’Ani : Endommagée, abandonnée pendant des décennies ; la ville médiévale d’Ani a subi un effondrement patrimonial massif.

Église Saint-Sauveur d’Ani : Partiellement effondrée après négligence et dommages structurels.

  1. Les cimetières arméniens

Des milliers de cimetières arméniens ont disparu en Anatolie.

Les destructions ont pris plusieurs formes :

Nivellement au bulldozer,
Réutilisation des pierres tombales,
Destruction des inscriptions arméniennes,
Urbanisation sur les anciens cimetières.

Le cas le plus célèbre hors Turquie est celui du cimetière médiéval de Julfa (Djoulfa/Nakhitchevan), où des milliers de khatchkars ont été détruits par les Turcs d’Azerbaïdjan.

  1. Les khatchkars (pierres-croix)

Les khatchkars constituent l’une des formes artistiques majeures de l’Arménie médiévale.

Des dizaines de milliers ont disparu, cassés, réutilisés comme matériaux de construction, effacés volontairement.

À Julfa, des observateurs et chercheurs ont documenté la destruction de plus de 6 000 khatchkars, ainsi que des dizaines de milliers de pierres tombales.

  1. Quartiers arméniens et villes historiques

Des quartiers entiers ont disparu ou été totalement transformés :

Van : L’ancienne ville arménienne a été presque entièrement détruite pendant les massacres et la guerre.

Muş : Avant 1915, la région comptait des centaines d’églises et monastères.

Erzurum : Disparition massive des quartiers arméniens historiques.

Bitlis : Centre intellectuel arménien autrefois majeur.

Diyarbakır : Une partie des bâtiments arméniens subsiste, mais la majorité du patrimoine a disparu ou été transformée.

  1. Manuscrits et bibliothèques

Des milliers de manuscrits médiévaux ont disparu, brûlés, pillés, dispersés, vendus sur le marché noir.

Les bibliothèques monastiques arméniennes contenaient des chroniques historiques, des évangiles enluminés, des archives administratives, des textes scientifiques et théologiques.

La perte est considérée comme irréversible pour l’histoire du Caucase et du Proche-Orient.

  1. Changement des noms et effacement symbolique :

L’effacement fut aussi linguistique :

Des milliers de toponymes arméniens furent turquisés,
Des inscriptions arméniennes effacées,
Certains monuments requalifiés comme « seldjoukides » ou « caucaso-albaniens ».

Estimation globale des destructions

Les chiffres exacts restent débattus, mais les ordres de grandeur les plus crédibles indiquent : Eglises/monastères : 80–90 % détruits ou ruinés
Écoles : Quasi-totalité disparue hors Istanbul
Cimetières : Destructions massives
Khatchkars : Des dizaines de milliers disparus
Quartiers historiques : Nombreux rasés ou transformés
Sites arméniens recensés : Une majorité disparue ou altérée

L’UNESCO mentionnait en 1974 que sur 913 monuments arméniens recensés en Turquie orientale :

464 avaient totalement disparu,
252 étaient en ruines,
197 nécessitaient une restauration urgente.

Ce génocide culturel s’est étalé sur un siècle : Massacres et déportations de 1915, confiscations républicaines, abandon organisé, urbanisation, pillages, vandalisme, transformations religieuses ou militaires.

Seules les reconnaissance, condamnation et réparation du génocide et des destructions qui l’ont accompagnées peuvent garantir une vraie paix et amitié entre la Turquie et l’Arménie.

Aujourd’hui, face à ces enjeux et à l’impunité des génocides commis à Gaza et en Artsakh, la Turquie pourrait être tentée de régler la question de la République d’Arménie à la méthode des Sionistes ou des Jeunes-turcs…

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Cortèges de mariages et responsabilité des mariés ?

Alors que les dérapages et conduites à risque augmentent à l’occasion des cortèges de mariages, le législateur ne devrait-il pas créer un régime de responsabilité spécifique des mariés en tant qu’ »organisateurs » du cortège ? En pratique cela soulèverait il des difficultés juridiques importantes ?

Aujourd’hui, en droit français, les mariés ne sont pas automatiquement responsables des infractions commises par les participants du cortège. La responsabilité pénale reste personnelle : chacun répond de ses propres actes (blocage de route, rodéo, tirs de mortiers, tapage, mise en danger, etc.). Les sanctions visent donc en principe les auteurs identifiés.

En revanche, il existe déjà des leviers indirects :

le maire peut prendre des mesures de police administrative pour prévenir les troubles; des arrêtés municipaux peuvent réglementer circulation et stationnement; des cérémonies ont déjà été reportées ou refusées lorsqu’il existait un risque sérieux de troubles à l’ordre public.

La vraie question est donc : Peut-on aller plus loin et considérer les mariés comme responsables du cortège ?

Juridiquement, oui, mais seulement sous certaines conditions très encadrées.

Le principal obstacle est le principe constitutionnel de responsabilité personnelle. On ne peut pas punir quelqu’un simplement parce qu’il est lié socialement aux auteurs. Il faudrait démontrer soit :

Une organisation effective;
Une complicité;
Une faute de négligence caractérisée;
Un régime légal spécial comparable à celui des organisateurs de manifestations.

Autrement dit, il serait difficile de dire : « Des invités ont fait n’importe quoi, donc les mariés sont automatiquement coupables. » Ce serait probablement censuré si la responsabilité était trop automatique.

En revanche, un système plus nuancé pourrait être juridiquement défendable, avec :

Obligation préalable de déclaration du cortège ;
Désignation d’un responsable identifié ;
Responsabilité administrative ou contraventionnelle en cas de non-respect des engagements ;
Sanctions seulement si les mariés ont sciemment laissé faire ou encouragé les débordements.

C’est d’ailleurs proche du régime des manifestations sur la voie publique, où des organisateurs identifiés existent juridiquement.

Reste néanmoins uns question : Comment prouver qu’une personne faisait « partie du mariage » ? Sinon, la défense serait très simple : « Cette personne n’était pas invitée, elle s’est jointe au cortège sans notre accord. » et ce serait souvent difficile à contredire.

Des amis non conviées peuvent se greffer ;
Des voitures peuvent rejoindre le cortège spontanément ;
Certains participants ne connaissent même pas les mariés ;
Des conducteurs peuvent suivre le convoi pour « s’amuser ».

Pour établir un lien juridique, il faudrait donc des critères objectifs :

Présence sur une liste d’invités;
Participation à un convoi déclaré;
Port d’un signe distinctif volontaire;
Inscription préalable des véhicules;
Preuve de coordination via réseaux sociaux ou messageries;
Témoignages ou vidéos montrant l’intégration au groupe.

Les autorités préfèrent aujourd’hui verbaliser individuellement les conducteurs; saisir les véhicules; utiliser la vidéosurveillance; et poursuivre les auteurs directs.

Et même si le droit français est traditionnellement réticent aux responsabilités collectives vagues, le fait de responsabiliser les mariés a aussi une valeur pédagogique. Pour limiter les conduites déviantes et dangereuses, il est nécessaire de sensibiliser fermement les organisateurs de mariages et imposer un régime spécial. Et pour qu’il fonctionne, il faudrait donc une définition précise de :

L’organisateur;
Le périmètre du cortège;
Les obligations imposées;
Les moyens d’identification des participants;
Et le niveau de contrôle réellement exigible des mariés.

Ainsi, le dispositif ne serait pas disproportionné au regard des libertés publiques et du principe de personnalité des peines.

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Mutation des casinos : Du raffinement au divertissement de masse

On hésite désormais à dire que « c’était mieux avant ». L’expression est disqualifiée d’avance, assimilée à une posture passéiste, presque caricaturale. Comme si le simple fait de comparer relevait déjà d’un renoncement. Et pourtant, il suffit parfois de franchir le seuil d’un casino pour que cette prudence s’effrite au contact du réel.

Il y eut une époque où un Casino ne se réduisait pas à un lieu de jeu. Il constituait un espace social à part entière, inscrit dans un art de vivre. Dans les villes thermales et les stations balnéaires, ces établissements prolongeaient une certaine idée de l’élégance européenne. On ne s’y rendait pas uniquement pour tenter sa chance, mais pour s’inscrire dans un cadre, adopter une tenue, respecter des codes.

L’apparence n’était pas accessoire : elle participait pleinement de l’expérience. Costumes voire nœud papillon pour les hommes, robes choisies avec soin pour les femmes. Le jeu lui-même avait une matérialité aujourd’hui quasi disparue : Les bandits manchots, le cliquetis des pièces, leur chute dans les bacs métalliques, produisaient une sonorité presque rituelle. L’argent se voyait, s’entendait, se manipulait.

À cela s’ajoutait une atmosphère singulière. Une lumière tamisée, des conversations contenues, la présence diffuse de la fumée de cigarette, des verres de champagne saisis dans un éclat discret. En fond, une musique douce (piano ou jazz léger) venait structurer l’espace sans jamais l’envahir.

Le personnel incarnait cette exigence. Tenue irréprochable, gestes précis, langage maîtrisé : rien n’était laissé au hasard. Le croupier ne se limitait pas à une fonction technique ; il participait d’une mise en scène où la distance et le respect mutuel formaient un cadre implicite, rarement transgressé.

Le contraste avec la situation actuelle est, à bien des égards, frappant. Dans nombre d’établissements, l’ambiance évoque désormais davantage celle d’une salle de jeux standardisée que celle d’un lieu de sociabilité. Les lumières sont plus vives, stroboscopiques, les sollicitations sonores permanentes, conçues pour capter l’attention plutôt que pour accompagner une expérience.

La disparition des pièces au profit de crédits numériques accentue cette transformation. L’argent devient abstraction, réduit à une variation de chiffres sur un écran. Il ne s’éprouve plus physiquement, ce qui modifie profondément le rapport au jeu lui-même.

Les espaces ont également évolué : plus ouverts, plus fonctionnels, souvent pensés selon des logiques de flux et de rentabilité. La figure du portier s’efface au profit de dispositifs de sécurité plus visibles, tandis que les codes vestimentaires se relâchent, accompagnant une diversification du public.

Faut-il y voir une dégradation ou une mutation ? Sans doute les deux à la fois, selon le regard que l’on porte. Les casinos n’ont fait qu’épouser les transformations plus larges de la société : démocratisation des pratiques de loisir, accélération des temporalités, effacement progressif des codes implicites au profit d’une accessibilité généralisée.

Chercher une cause unique à cette évolution serait réducteur. Elle procède d’un faisceau de dynamiques : mutations économiques, concurrence du numérique, recomposition des sociabilités, mais aussi transformation du rapport au plaisir, désormais plus immédiat, plus individualisé, moins ritualisé.

Ce qui subsiste, en revanche, c’est le sentiment d’un glissement : D’un univers où le jeu s’inscrivait dans une mise en scène du raffinement, vers un environnement où il tend à devenir une activité parmi d’autres, intégrée dans une logique de consommation.

Dire donc que « c’était mieux avant » n’est sans doute pas la bonne formule. Mais plutôt « tout fout le camp » car il est difficile de nier qu’il y avait, dans cette lenteur, dans ces codes et dans cette matérialité aujourd’hui disparue, une certaine idée du lieu; et peut-être, au-delà, une idée d’une certaine civilisation…

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17 ans de publications sur mon blog !

En 2025, mon blog a eu 9507 vues (mon plus haut en 2018 :15809 vues et mon flop en 2024 avec 3059 vues). J’avais commencé en juin 2009 sur Over-blog et depuis mai 2014, je suis sur WordPress. Je ne cherche pas que le nombre mais surtout des échanges à travers des commentaires publics ou privés, et à faire connaitre ma vision du monde.

Cette semaine voici les articles qui ont été regardés plus de 10 fois :


Trois Israëls, une impasse : Entre droit international, idéologie et réalité… 51
• Armenian Monuments Portal : Où en est-on 3 mois après le lancement du projet ? 28
• Pour en finir avec le « Delé Yaman » ? 24
• Crimes impérialistes contre l’Iran : Des décennies de meurtres et de destructions. 17
• Entre Israël et la Diaspora : la difficile lecture des opinions autour de Netanyahou 14
• Fort comme un Turc ? 11

Et mes 5 articles les plus vus :

Super Sako : Mi Gna, le phénomène viral arménien 11 964 (!)
Saloperies de M. Hubert Vedrine à propos du génocide des Arméniens 6 573
Lettre à un ami juif 3 873
La pensée putride du négationniste Jean-Louis Debré. 914
Déclin des espèces : Des actions responsables plutôt que des gesticulations morbides ! 822

N’hésitez pas à visiter et commenter !

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